Domaine de Salaison :

 

S. Sepulcre de Salarone, vers 1160, hospitale de Salaron, vers 1171, capellani de Salazone, vers 1550. Chapelle du XI siècle, dédiée au XVII siècle à St-Simon (le lépreux) et à St-Jude.

Charles d'Aigrefeuille, Histoire de Montpellier 1740

Ce domaine situé sur la rive gauche du Salaison , fleuve côtier qui se jette dans l'étang de Mauguio ou de l'Or, est situé à l'extrême sud-ouest du village de Vendargues (34) à la limite avec les villages de Saint-Aunès et de Le-Crès. Ce domaine très ancien (trace d'une villa romaine) fut lui aussi une commanderie de templiers et possédait une chapelle datant du XI siècle sous le vocable du Saint Sépulcre. Elle fut donnée au collège de la St-Trinité, chapitre de Maguelone par l'évêque Godefroy. Sur la rive gauche côté Vendargues, un lazaret existait au XIV siècle, hospice ou hôpital, léproserie Saint Simon et Saint Jude de mise en quarantaine.

Guillaume de Bonnal, frère de Jean de Bonnal l'évêque de Maguelone et fils d'André de Bonnal seigneur de Ganges avait acquis du commandeur de l'hôpital des Ss.Simon-et-Jude, près le pont de Salezon, certaines terres à Salezon même, et dans les territoires de Mauguio et de Castries. La bulle de Pie II, donnée en confirmation de cette vente la première année de son pontificat (1459), le désigne par le nom de Guillermi Bonnalli, laïci mercatoris terrae Montispessulani. Cette bulle, dont l'original est conservé aux archives de Jonquières, est un monument de calligraphie duquel pend intact le sceau en plomb portant, d'un côté, les têtes de saint Pierre et saint Paul, et de l'autre, les mots: PIVS. PAPA. II, en trois lignes, avec un point devant chaque mot et une petite croix pattée en tête.

En 1486, Guillaume Bonnal ou de Bonnal (le nom est au génitif en latin) acheta de Rostang d'Assas, fils d'Hugues, la moitié de la seigneurie d'Assas, qui, dès 1155, avait été divisée en deux portions par le propriétaire, entre ses deux fils, Rostang et Guillaume. Dans la part vendue à Guillaume Bonnal, outre un château, la juridiction et les fonds ou propriétés, se trouvaient encore une ancienne tour assise au lieu d'Assas, dite tour de Conques, un collier de justice, des piliers de justice pour les condamnés à mort, et un vieux mas, situé en ladite terre, dit mas Lazert. Le possesseur de cette part faisait seul le service du roi pour toute la place. Assas et le château de Figaret, situé sur le terroir de Guzargues, limitrophe d'Assas, étaient tenus, en 1485, à un brigantinier pour le service de Sa Majesté.

Le successeur de Guillaume Bonnal à Assas fut Guillaume II, le plus jeune de ses enfants. Les deux aînés étaient morts sans postérité, et Secondin, le troisième, fut chanoine de Maguelone et prieur de Saint-Jacques de Prades. Guillaume II n'ayant pas laissé de successeur mâle, la terre d'Assas vint par substitution à un professeur de médecine nommé Jacques de Salamon, fils de Marie de Bonnal et de Jean de Salamon [3]. Ce professeur, ayant joui d'Assas une vingtaine d'années, ne laissa qu'une fille nommée Tiphaine, qui épousa le sieur de la Coste. La substitution fut alors invoquée par Marguerite de Bonnal, fille de Guillaume II, en faveur de son fils aîné, comme plus proche héritier mâle, et, après de longs procès aux parlements de Toulouse et de Guyenne et aux chambres de l'édit de Castres et d'Agen, Jacques de Pluviès, fils de Marguerite, fut vainqueur et prit possession d'Assas. Il ne le garda pas longtemps: s'étant marié à Marie de Bagnols, dame de Saint-Michel et de la Roque, il vendit Assas, en 1592, au trésorier de France Timothée de Montchal.

C’est cet Arnaud II qui figure en 1580 au compoix de Jonquières pour diverses terres nobles ; les pages de ce document, qui pourraient contenir une description du château, sont malheureusement arrachées. Ce château antérieur au bâtiment actuel, existait cependant avant la construction de 1650, car nous lisons qu’en 1604, Charles de Lauzières épousa au château de Jonquières, Louise de Pluviès, fille de Louis de Pluviès, sieur de Salezon, et de Marguerite Bonnal ; Louise de Pluviès mourût à Castres en 1614 , en donnant le jour à un enfant Anne-Gabriel, qui décéda en 1619 au château de Jonquières.

Comment ces Pluviès, descendants des seigneurs de Paulhan résidaient-ils au château de Jonquières ? C’est que Françoise de Pluviès, autre fille de Louis de Pluviès, avait épousé Arnaud II de Latude, sieur de Jonquières et de la Garrigue, comme on peut le lire sur la deuxième dalle funéraire de l’église de Jonquières (dalle de droite).

La date de la mort d’Arnaud II y est effacée, mais on lit que Françoise de Pluviès, son épouse, est morte en 1637.
Arnaud II de Latude eut pour héritier son fils Bernardin, dont la date de naissance n’est pas connue ; Bernardin de Latude, sieur de Jonquières obtint, probablement grâce à la protection des Lauzières-Thémines, d’être admis à la cour, et de servir comme page la reine Anne d'Autriche, mère de Louis XIV ; il fut au siège de Leucate en 1637, puis en Italie.

En 1656-1666, il fit rebâtir le château de Jonquières, tel qu’on le voit actuellement. On ignore s’il contracte alliance, mais il n’eut pas d’enfants, comme le montre la devise désabusée qu’il fit inscrire au fronton d’une porte : " Crescere si nequeat soboles mea moenia crescent " ( si ma postérité ne peut pas naître, mes murailles croîtront) avec un jeu de mots sur les deux sens du verbe cresco. Ainsi remploya-t-il son capital en constructions, avant de le léguer à son neveu Henri de Loriol, fils de sa sœur Souveraine, qui avait épousé Antoine de Loriol. C'est cette génération ou celle d'après, qui fit probablement construire la bâtisse en utilisant une partie des ruines de l'ancien hôpital de Salazon et sa chapelle car une clef de voûte d'un linteau de portail de la métairie porte l'inscription de l'année 1710. Trois générations de Loriol habitèrent le château de Jonquières et la dernière descendante de ce nom, Souveraine de Loriol, épousa Raymond de Massol, dont la fille Louise, épousa en 1787 Yriex-Pierre de Lansade, d’une très ancienne famille du Périgord, capitaine au régiment de Vermandois, chevalier de l'ordre de Saint-Louis. Il prit part en 1789 à l'assemblée de la noblesse de Montpellier, puis fut commandant supérieur des troupes royales de l'arrondissement de Lodève en 1815. (ANLM t2 p175/176)

Sous Louis XV (compoix de 1766), le domaine appartenait donc à Monsieur Massol, Baron de Jonquières et c'était une métairie avec 32 hectares de bois, pâturage, vignes et oliviers. Au compoix de 1785 c'était toujours Monsieur Massol, Baron de Jonquières le propriétaire.

 

D'après les compoix de Vendargues, le domaine situé au quartier de Salason puis après la révolution au quartier des châtaigniers, comprenait la maison ses dépendances, cave, sellier et écuries d'une surface de 114 cannes² soit environ 450 m² de couvert, avec la cour 90 cannes² soit 350 m², confrontant au midi le grand chemin de Nîmes à Montpellier, mais aussi au nord un champ est son aire à dépiquer d'une 1/2 sétérée avec un bois, patus, de 61 seterées confrontant le devois de M. Causse propriétaire du château de Meyrargues.

Puis, Louise, la fille de M. Raymond Massol, Baron de Jonquières épousa en 1787 Yriex-Pierre de Lansade qui fit transformer, la métairie en l'hôtel Saint Simon tel qu'on peut le voir sur le plan cadastre de 1811 dit de Napoléon.

Aujourd'hui après une ou deux ventes, l'ensemble ayant subi de multiples transformations est partagé en cinq résidences particulières.

Pendant la période de la révolution, ce domaine fut le refuge de plusieurs religieuses chassées de leur couvent par la vente des biens de l'église. Ce domaine situé depuis toujours sur le terroir de Vendargues, Seigneurie de Castries, diocèse de Maguelone, fut officiellement rattaché à la commune de Vendargues sous la convention. En 1882; trois vitraux du cœur de l'église de Vendargues furent posés représentant : celui de droite Saint Simon le lépreux, celui de gauche représente Saint Sébastien pour Meyrargues et celui du centre Saint Théodorit le patron de Vendargues.

 

Hôtel St Simon app(t) à Mr Iriex de Lansade, N° 369 cadastre de 1811. Notez que le grand chemin passait au sud de la maison, la route vers St Aunès n'existait pas.

 

La maison en 2006

La petite route qui a remplacé le grand chemin de Nîmes à Montpellier (ex chemin des pèlerins au moyen âge) passe maintenant au nord de la maison alors que dans les temps anciens elle longeait la façade sud. La piscine est située en plein sur l'ancien passage de cette route.

 

En résumé les différents propriétaires furent :

  1. 1220, Le collège de la St-Trinité
  2. 1486, Guillaume de Bonnal seigneur d'Assas et ses descendants dont :
  3. 1540, Jacques de Salamon, fils de Marie de Bonnal
  4. 1560, Jacques de Pluviès
  5. 1580, Françoise de Pluviès
  6. 1620, Bernardin de Latude, seigneur de Jonquières
  7. Henri de Loriol et ses descendants dont :
  8. 1766-1810, Souveraine de Loriol épouse de Raymond de Massol de Jonquières dont :
  9. 1810-1825, Louise épouse de Yriex-Pierre de Lansade .

Si ces personnages en furent successivement les propriétaires, rien ne prouve qu'ils l'aient occupé. Il est probable que ce domaine ait été souvent mis en fermage à rente ou confié à un métayer.

 

Richard POUGET

pouget.richard@wanadoo.fr