Histoire de Saint-Aunès (par M. Pierre Burlats-Brun, quelques modifications et ajouts de R. Pouget)

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C'est à l'époque de la domination romaine en Gaule narbonnaise que l'on vit s'ériger deux ou trois beaux domaines situés le long du parcours de la grande voie Domitienne, ainsi nommée du nom du gouverneur romain Domitius, qui épousait depuis Castelnau-le-Lez, ancien camp romain, le tracé de l'actuelle Nationale 113 jusqu'au pont du Salaison, de "salicis ron" rivière des Saules. La présence d'une source d'eau chaude attirait les offrandes des passants pour se concilier la bienveillance du Dieu du commerce Mercure, pour lequel un petit Temple fut édifié sur l'actuelle butte du cimetière.

De cette voie demeure la borne Milliaire placée contre l'église depuis le XVIIIè siècle, dont le texte rappelle la réfection de la route en l'an 30 après J.C., sous l'empereur Tibère, fils d'Auguste. Plantées au bord de la route chaque 1481 mètres, ces bornes servaient tout à la fois d'indicateur de distance par leur numéro et de piédestal aux cavaliers voulant se mettre en selle.

Les principaux domaines étaient tenus par d'anciens officiers romains récompensés de leur bravoure, il s'agit de l'Auroux, un important domaine attribué au centurion Honorius et regroupant vers le IVe siècle une petite colonie chrétienne dont nombre de sarcophages en simple terre cuite marqués de la palme subsistent sous les vignes avec des restes de cuves vinaires en granito rouge... vers 1890 fut découvert un magnifique sarcophage de pierre sculptée avec des personnages, qui fut rapidement transféré au Musée du Louvre. Dans ces mêmes années on découvrit aussi divers vestiges de la vie courante comme un beau Dolium pour conserver l'huile ou les grains, un moulin à sel et des restes de colonnes de diverses dimensions. Existaient aussi Doscares dont le nom semble venir tout à la fois du croisement de deux voies annexes à la Domitienne et de la présence d'un marbre antique placé autrefois sur la façade et figurant deux chars, antiquement dénommé Puech Sant Peyre mais qui vient en fait de l'occitan "Dos Casas" qui veut dire les deux petites maisons le "s" se transformant au fil du temps en "r" et donnant "dos cares". Même chose pour Auroux qui s'écrivait "Ozou". Les preuves sont dans le petit carnet, et tout proche le domaine de Marius : Meyrargues sous le vocable de "Sancti Sebastian de Mairanicis" .

Mezouls, l'Auroux et Doscares eurent ensuite une histoire particulière, l'Auroux demeurant avec son église de Sainte Marie d'Ozon ou Ozou le centre de la vie religieuse du village jusqu'au XVIIIè siècle alors que Mezouls devait longtemps appartenir à l'Ordre du Saint Esprit, et Doscares, dévolu sous les Carolingiens à une famille privée devait demeurer ensuite propriété des Roquefeuil dont les descendants par les femmes la possèdent toujours. L'architecture de cet ancien château avec sa tourelle centrale carrée, est d'ailleurs typiquement carolingienne tout comme celle de l'ancien mas du Salaison, dite "propriété Rauzy".

Une vie agraire gallo-romaine s'écoula durant quelques siècles avec les hauts et les bas de l'histoire générale de cette province, notamment le passage et l'implantation des goths et wisigoths au Vème siècles, puis le passage des guerriers arabes au VIè-VIIxè siècles souvent fixés sur place, et dont les descendances donneront les noms de famille: Maure, Maurel, Maury...

En cette dernière période, bien qu'habité et cultivé, le terroir n'avait pas de nom collectif et relevait de la pleine souveraineté des Comtes de Mauguio, wisigoths établis, dont grande était la puissance de part les mines d'argent locales permettant de battre monnaie, le fameux besant melgorien figurant douze fois sur le blason de cette cité, monnaie employée pour le grand commerce sur tout le bassin méditerranéen.

En ce monde médiéval hautement hiérarchisé, les seigneurs comtes étaient entourés de vassaux leur servant de gestionnaire en temps de paix et de rudes guerriers lors des nombreux cas de guerres locales ou même pour se rendre aux croisades en Terre Sainte.

Vers 1060 un certain chevalier Arnaud détenait la paroisse de Saint Sébastien de Mareuil, en latin Marojol, près d'Aniane. Son fils cadet Pierre reçut en avril 1086 du Comte Pierre de Mauguio, la seigneurie des terres de Sainte-Agnès, le Salaison, Notre Dame d'Auroux ainsi que Restinclières. La terre était donnée, suivant la formule de l'époque "avec les hommes femmes y résidant".

Remarquons que le Cartulaire de Maguelonne, en 1100, rappellera l'existence de ces deux églises de Sainte Agnès et N. Dame d'Auroux dont les revenus étaient affectés à des chamoines de cette cathédrale, et en plus celle du Saint Sépulcre du Salaison qui deviendra plus tard léproserie, et lieu de quarantaine avant Montpellier pour tous les malades, avec sa petite succursale Saint Simon de l'autre côté de la route.

La donation du terrain de Sainte-Agnès fut approuvée par l'Évêque de Maguelonne Godefroid car le Comte de Mauguio, s'était placé sous l'autorité du Saint Siège qu'il représentait en 1085.

Dès l'an 1089, le nouveau seigneur des lieux commença la construction de son château sur la butte principale du village. Les travaux devaient durer jusqu'en 1095 alors interrompus par son départ pour la croisade. Les fortifications d'origine se composaient de remparts de 6 mètres de haut et 2 mètres 40 de large surmontés d'un parapet renforcés de six tours de défense, la partie principale étant constituée du donjon de trois étages avec corps de logis voisin face à une tour de guet surmontée d'une lanterne à signaux. Ce donjon et le logis seigneurial attenant sont aujourd'hui en grande partie "la maison de la famille Prat", en haut de la rue Francèse de Cezelli avec suite du bâtiment jusqu'à "l'ancienne maison de Mademoiselle Laurens", au tournant de la rue du Puits.

De même cette petite porte romande donnant à l'arrière du donjon et s'ouvrant sur un passage secret dans la cheminée des gardes. Seules les fenêtres latérales actuelles du donjon ne datent que du XVIIIè, il n'était à l'origine éclairé que de rares meurtrières et deux baies romaines au dernier étage.

Revenu de Terre Sainte en 1099 Pierre de Sainte-Agnès de Mareuil reprit les travaux d'aménagement ainsi que la construction d'une chapelle privée située au fond de l'enceinte du château, aujourd'hui incluse dans "la maison Burlats-Brun". Mais ce n'est qu'en 1102 que l'Evêque de Maguelonne vint consacrer l'autel de cet édifice modeste dont la table, aisément reconnaissable à ses bords relevés au cas de renversement du calice et à la cavité pour les Saintes reliques, se trouve depuis fort longtemps dans la cour du donjon. La très vieille chapelle à l'emplacement de l'actuelle église devait être réduite à néant puisque le vocable de Sainte-Agnès fut attribué à cette nouvelle chapelle.

Sainte-Agnès, jeune martyre romaine décapitée en l'an 304 après avoir subi mille tourments à l'âge de 12 ans parce qu'elle se refusait aux avances du fils d'un Sénateur romain païen, avait sans aucun doute été vénérée par les premiers chrétiens de l'Auroux dès le Vème ou VIème siècles pour que son nom ait été ainsi donné à une église locale au XIème.

Le serment de fidélité prêté par Pierre en 1102 à l'Évêque est intéressant car l'on y indique les cultures alors en vigueur vignes et jardins, prés et vergers, forêts et les moulins sur le Salaison dont le Molinas cité dès 1146 est toujours debout.

Dès son élection le Pape Calixte II, Guy de Bourgogne, avant de gagner le trône pontifical, séjourna en avril et mai 1119 dans son comté de Mauguio, son prédécesseur Gélase II y ayant d'ailleurs séjourné en 1118. Il résida notamment au château de Sainte-Agnès du 4 au 20 juin logeant bien sûr dans le donjon. L'exiguïté des lieux d'accueil pour une cour pontificale fit cependant que quelques prélats et chanoines durent coucher dans les écuries, ce dont ils se plaignirent amèrement.

A cette occasion le souverain Pontife donna par une bulle solennelle 200 sols melgoriens à la chapelle pour y fonder diverses messes et permit d'y bâtir une cheminée, chose habituellement interdite par le Droit Canon.

En 1148 Arnaud de Sainte-Agnès épousa le 6 octobre, Tiburgette de Mauguio, fille du Comte Raymond. Célébré en la petite chapelle de Sainte-Agnès, le mariage fut béni par le curé chanoine de Maguelonne desservant alors le lieu, un certain Nicolas Breakspear, clerc anglais faisant ses études canoniques à Maguelonne qui, après une fulgurante carrière, devait accéder en 1154 au trône pontifical sous le nom d'Adrien IV...

En 1165 un autre souverain Pontife, Alexandre III, séjournera durant l'hiver à Mauguio et Saint-Aunès.

Il serait fastidieux de retracer toute la filiation des anciens seigneurs, sachons simplement qu'ils furent tous inhumés dans l'ancienne chapelle féodale. Fait marquant, Bermond de Mareuil de Sainte-Agnès racheta en son entier la seigneurie marquisale au Pape en 1248 pour 18 400 sols melgoriens et l'impôt annuel de trois kilos d'or et équipement de deux chevaliers, en cas de conflit armé local.

Fin XlIIème et début XIVème siècles la vigne était déjà bien présente dans la culture locale, pour preuve un très beau parchemin portant le règlement des vendanges en novembre 1320 pour tous les terroirs voisins de Montpellier. Il interdisait la rentrée du produit des vendanges en ville sauf pour les habitants y possédant un immeuble. Et c'était au seigneur local de donner le départ des vendanges appelé "ban" c'est-à-dire Cri, puisqu'il lançait devant la petite foule des travailleurs déjà armés de la serpette et munis des paniers le fameux "SUS AUX CEPS" au jour estimé bon pour le parfait mûrissement des raisins.

Au XIVè siècle, la vie fut rude en bas Languedoc, surtout entre 1348 et 1380 : mauvaises récoltes de grains et raisins, neige, pluies torrentielles puis arrivée de bandes de pillards qui incendiaient les villages après avoir pillé les maigres provisions. Les vieux remparts s'écroulèrent en partie et ce n'est qu'en 1392 que Pierre-Jean de Sainte-Agnès put les reconstruire, de manière plus modeste, comme la tour de la maison du prieur contenant la chapelle.

Entre-temps des maisons s'étaient édifiées, les unes contre les autres, entre le donjon et la chapelle, formant l'actuel cœur du vieux village. La vie continua tranquillement jusqu'à ce que le dernier seigneur du nom de Sainte-Agnès de Mareuils, Pierre Bernard totalement ruiné, dut vendre l'essentiel de la seigneurie en 1470 au chevalier Arnaud de Saint Félix déjà propriétaire du Verteil. Le 12 juin 1471 cependant, malgré une bien pauvre dote de quelques vignes et de l'ancienne chapellerie où il résidait, il maria sa fille unique Françoise de Sainte-Agnès avec Maître Guillaume Brun, Conseiller et médecin du Roi Louis XI. Pour ses services Guillaume Brun fut anobli en 1479, après une ambassade à Rome assez réussie auprès du Pape, et reçut du Roi les armoiries devenues ensuite celles du village, figurant actuellement sur toutes les plaques de rues. Simplement les initiales S et A différencient le blason des Brun et celui du village.

Riche marchand d'épices de Montpellier, Sire Etienne CEZELLI acheta en 1475 la seigneurie de Sainte-Agnès à Arnaud de Saint Félix, seigneur du Verteil. Il avait déjà acheté en 1474 le mas de "Joyeuse Garde d'Auroux" aux Trinitaires, et sa sœur Françoise épousa en 1476 Guillaume de la Croix de Castries ancêtre direct de l'actuel Duc. En accord avec Guillaume Brun, il fit rapidement restaurer le logis seigneurial, construire des écuries dans l'enceinte avec logis pour les palefreniers, apportant ainsi quelque modernisme à l'ensemble ...

En décembre 1481, il acquit le Verteil lui-même, avec ses terres et moulins puis en 1500, du Chapitre du Saint Esprit, le fief contigu du Moulinas et son grand moulin à roues. Ayant donc reconstitué un beau domaine d'un seul tenant il eut l'heureuse idée afin de mieux faire irriguer ses terres, de créer un détournement partiel de la rivière du Salaison par une "quau". Le Supérieur de l'Ordre du Saint Esprit ayant accepté à condition qu'une réserve de poissons soit créée à la base de la retenue d'eau, et le Pape Alexandre VI, toujours comme souverain du comté, ayant donné son plein accord, le barrage de la "Piscière" fut crée en juin 1501 avec le fameux réservoir à poissons bien connu de certains pêcheurs et qui fit autrefois les délices du Maréchal Caucat spécialiste des brochets de belle envergure.

Héritier de la seigneurie à la suite de son père, Jean de Cezelli, président de la chambre des comptes de Montpellier, acheta d'autres terres sur Mauguio. Il fit encore aménager l'habitation ancienne pour ses brefs séjours à Sainte-Agnès notamment avec la percée de fenêtres "à l'italienne" donnant plus de jour. En août 1557 il épousa à Montpellier la petite nièce du Pape Urbain V, Marguerite de Beauvoir du Roure Grimoard et le 22 mai 1558 naquit Françoise de Cezelli dont l'éducation devait se passer en grande partie à Saint-Aunès, Montpellier étant alors en révolution de par les guerres entre catholiques et protestants en 1563, pour le préserver et le rendre à l'Évêché en 1566. Le 4 avril 1577 Françoise de Cezelli épousait Jean de Bourcier sieur de Barri, gouverneur de la forteresse de Leucate à la frontière de la France et de l'Espagne. En 1588 les espagnols attaquèrent afin de s'annexer le Languedoc. Le 22 juillet 1589 Jean de Bourcier, mari de Françoise, fut pris par les espagnols lors d'une reconnaissance à l'extérieur et emprisonné à Narbonne. Peu de jours après il lui fut amené sous les remparts de Leucate et lui proposa le marché de rendre la forteresse contre la vie sauve de son époux. Elle refusa bien sûr et son mari fut égorgé sous ses yeux. Elle conserva à ce prix notre région à la Couronne. Au courant de l'héroïque conduite de cette femme le Roi, Henri IV lui confia le gouvernement de la forteresse jusqu'à la majorité de son fils aîné. Dès 1609 elle fit donation de Saint-Aunès à son fils cadet Antoine Claude qui demeurait au Verteil. Françoise de Cezelli mourut à Montpellier le 16 octobre 1615. Son fils cadet lui succéda dès 1616 et la seigneurie passa ensuite au petit fils de Françoise : Henri, qui fit une curieuse carrière militaire, ayant même un régiment au nom de Saint-Aunès et dont les fils Charles et Claude vendirent les terres locales, eux-mêmes demeurant dans l'Aude, à Pulchérie, aux Sidobre, Brueys et Barbeyrac ...

L'église mère du village était à Auroux d'où la dénomination de Notre Dame comme en font foi diverses visites pastorales des XVII et XVIII siècles, avec les éternelles plaintes des habitants pour la toiture percée, les cloches mal entendues, le curé ne venant que lorsqu'il le veut bien. Dès 1698 les paroissiens demandèrent que l'église soit transférée au "hameau" de Saint-Aunès. Mais bien que l'on sache que dès 1704 une école pour apprendre l'alphabet, la grammaire et le calcul ait été créée au hameau, sous le vicariat d'un certain Louis Dieulefit et sous la férule de Guillaume Pinède, ce n'est qu'en 1725 que l'évêque, Monseigneur de Colbert de Croissy, permit la destruction de Notre-Dame d'Auroux et la construction d'une église paroissiale à Saint-Aunes même avec les matériaux des deux précédentes. La construction eut lieu en 1725-26 avec un beau clocher carré, une nef de 12 m sur 6 et un autel majeur identique à celui de Notre Dame des Tables de Montpellier, portant la statue XVIIIe dorée de Notre Dame d'Auroux. Le presbytère fut alors convenablement aménagé, avec sur la ruelle arrière une salle de classe destinée à l'escolette où apprirent alors les rudiments du savoir les ancêtres du village.


Lors de la visite épiscopale de 1737, les habitants du lieu se plaignirent du curé Mercier qui, pour arrondir son traitement reliait en cachette des ouvrages jansénistes interdits même pour les libraires d'Amsterdam ! Le curé Théodorit Mercier, natif de Vendargues, fut un bien curieux personnage. Dès 1736, alors curé du village depuis déjà dix ans, il se mit en tête d'obtenir la béatification d'un certain Jean Quintin, protestant converti sur le tard puisque baptisé en 1691 presque octogénaire, catéchisé et confirmé par l'Évêque lors de sa visite pastorale, lequel, ayant vécu jusqu'à 107 ans, aurait passé toute la fin de sa vie en perpétuelles prières pour les âmes des protestants non repentis. Il fit même graver une image pieuse à 1' effigie du futur Saint. Son dossier fut transmis jusqu'à Rome en 1737 mais une chape de silence retomba ensuite sur lui... C'est alors que peu content ce curé Mercier se mit à fréquenter les milieux jansénistes et fit quelques incartades qui lui valurent tout simplement l'emprisonnement et l'excommunication. Libéré après quelques années il devint colporteur en rubans et tissus puis épousa à Avignon la fille d'un négociant juif dont il tint ensuite la boutique. Pour en revenir au "Saint" nous avons retrouvé dans les archives une note du curé de 1692 à l'Évêque le mentionnant parmi ceux qui n'ont pas fait le devoir pascal : "Jean Quintin habitant de Ste Agnès, nouveau catholique âgé de 80 ans ou environ "imbécile et demi fol !"

Divers prêtres devaient se succéder ensuite jusqu'à Pacifique Dumont qui prêta le serment à la Constitution en 1791. Notons aussi que de vers 1730 à 1760 le régent des Ecoles fut François Moynier, aïeul maternel de Monsieur Ginouvès, qui contresignait avec Jean Brun les actes d'État Civil de la paroisse. Jusqu'en 1837 l'église ne subit pas de modification, voyant alors l'édification d'une chapelle latérale dédiée à la Vierge mais dès 1880 elle s'avéra trop petite pour la population passée alors à 370 habitants. La vente des biens du Clergé en 1792 elle avait été rachetée par Pierre Milhe ancêtre commun aux familles Brun et Plagnes, pour éviter sa profanation. Le plan de la nouvelle église, conservant l'ancien clocher et la chapelle de la Ste Vierge, récente, fut tracé avec l'assentiment de Monseigneur de Cabrières, Évêque de Montpellier dont la famille possédait alors le Verteil et aida grandement de ses deniers la reconstruction dont la première pierre fut posée le 9 août 1887, l'abside étant bâtie sur l'ancien cimetière que le Maire venait de faire transférer à l'écart, c'est alors que fut récupéré un angelot des terre cuite du XVIIIe placé dans le mur d'une façade voisine.

Ces dernières années les façades et le clocher ont été entièrement remis en état, après la toiture, et l'église a depuis bien fière allure...

Beau-frère du Sieur Tristan Brueys, acquéreur d'une part des biens seigneuriaux des CEZELLI EN 1650, le médecin Charles de BARBEYRAC acquit dans les années 1680-95 diverses terres à Saint-Aunes son fils Henri complétant ces acquisitions avec l'ancien donjon en 1711. Le petit fils, Charles Marie de Barbeyrac, marquis de Saint-Maurice (de Navacelles) et Saint-Aunès se trouvant quelque peu à l'étroit en sa demeure du village fit bâtir selon le goût de l'époque une maison moderne avec jardins faisant pour cela raser partie du bois qui venait presque jusqu'à l'ancien donjon. La marque de son habitation réelle en la vieille demeure subsiste de par ses initiales en ferronnerie sur la porte de la cour. Mais le marquis de Barbeyrac voulant être agréable à ses sujets fit bâtir à ses frais une belle fontaine publique à coquille, au-dessus d'un abreuvoir, dans la rue contournant alors encore le presbytère, faisant aussi restaurer le four banal auquel tous les habitants, contre quelques kilos de blé l'an, apportaient leur pain et plats divers à cuire comme cela se pratiquait depuis le moyen âge.

Il fallut en effet attendre 1812 pour voir apparaître à Saint-Aunès une boulangerie vendant le pain tout prêt. Jusqu'alors chacun faisait la préparation des siens puisque les céréales étaient couramment cultivées et moulues sur le terroir.

Très cultivé, Docteur en Droit, Charles Marie de BARBEYRAC, fut choisi par ses Pairs lors de l'assemblée générale de 1789 pour les représenter aux États Généraux de Paris où il devait jouer un rôle certain. C'est d'ailleurs à Paris où il devait jouer Louise Marie Colheux de Longpré. Sa sœur Pauline avait épousé Jean Jacques Louis Durand, seigneur de Saint Just et Lunel Viel, président de la Cour des comptes de Montpellier et Maire de cette ville, guillotiné pour "fédéralisme". Pauline de Barbeyrac ainsi que son fils Joseph Hippolyte Durand sont enterrés au cimetière de Vendargues dans la chapelle des Durand.

En 1793 le marquis passa comme tant d'autres nobles à l'étranger avec sa famille, et ses biens furent vendus aux enchères au profit de la Nation c'est-à-dire aux riches négociants protestants pour quelques poignées d'assignats. Nous ne pouvons passer sous silence le séjour en ces lieux du peintre Frédéric Bazille. Par héritage ce domaine devint ensuite propriété des Leenhardt, et, pour ce qui concerne le parc, et la demeure ô combien restaurée, est actuellement le fief de Monsieur Barran.

C'est par son alliance en 1769 avec Antoinette de ROQUEFEUIL que Joseph de MELON, Seigneur de Capion et la Motte (de nos jours devenue Grande Motte) fut attiré à Saint-Aunes puisque son beau-père possédait Doscarres. Le petit village encore totalement entouré de bois lui plût à tel point qu'il acquit des Barbeyrac un assez vaste terrain jouxtant l'ancien village où il fit bâtir dans les années 1770 une belle demeure. La façade de cette demeure seigneuriale est typique des constructions de l'époque et ce nouveau coseigneur du village, car son acquisition comprenait aussi de belles vignes possédant des droits féodaux, n'oublia pas de bien marquer son pouvoir féodal, bien que fort récent, par l'édification de magnifiques pigeonniers au toit de tuiles vernissées, l'un des plus beaux de la province, ainsi que d'une girouette à angelot trompeteurs, deux éléments seulement réservés aux nobles sous l'ancien régime. Il est bien sûr dommage que le parc ait été en partie coupé au siècle dernier par la voie ferrée mais cela donna lieu à la mise en place d'une belle balustrade qui le clôt agréablement à l'œil.

Comme pour les BARBEYRAC, à la révolution, les biens des Melon furent vendus avec ceux des religieux de la Sainte Trinité à divers particuliers : Mezouls aux Poitevin, Auroux à Accariès etc.

La vie quotidienne des habitants du hameau était quotidiennement rythmée par les travaux agricoles saisonniers différents de ce qu'ils devinrent essentiellement au XIXe siècle avec la quasi implantation de la vigne dans les années 1830 reprise vers 1870 après la grande crise due au Phylloxéra qui nous obligea parfois à se reconvertir momentanément soit sur place soit chez des parents à l'abri de la calamité, en Provence. Mais avant la Révolution de 1789 et depuis le Moyen Âge les cultures et activités de la campagne en bas Languedoc étaient fort variées : élevage avec donc nécessité de fourrage et de pré, cultures céréalières multiples pour fournir aux divers besoins de la communauté, jardins maraîchers et fruitiers, oliviers aussi pour fabriquer sur place l'huile d'olive, l'utilisation de pierre du mas du Salaison. La vigne était aussi bien sûr présente. En fait l'on produisait sur le terroir même tout ce qui était nécessaire à la vie courante, obtenant même des pêcheurs de Balestra (aujourd'hui Palavas) et Carnon, deux hameaux dépendant aussi de Mauguio, les poissons échangés contre les grains, volailles...

Contrairement à d'autres seigneurs locaux, le marquis de Barbeyrac autorisa même au XVIIIe siècle, quelques mois par an, la chasse libre pour tous, ce qui était normalement uniquement réservé aux nobles, les autres ne pouvant être que braconniers. En ce qui concerne le costume local il était bien plus proche de celui des provençaux, Lunel étant considérée comme porte de la Camargue, et les femmes arboraient le bonnet blanc et le fichu de vives couleurs. Les hommes portant le bonnet de coton sur une veste évasée. Le patois local ainsi que les chants et musiques lors des fêtes et mariages, avec galoubets et tambourins, se rapprochant aussi beaucoup plus des manières provençales que du Haut Languedoc ou du Narbonnais Espagnol. Le XIXe siècle vit bien sûr une généralisation des costumes à la mode de la ville, seules les personnes âgées portant encore la grandes robe noire et bonnet tuyauté à l'ancienne, encore en 1920 cette mode des longues robes noires subsistait...

Lieu de rassemblement à la veillée cette bonne cheminée servait aussi à faire chauffer les briques ou approvisionner le "moine" pour réchauffer quelque peu le fond des couches glacées.

Quant aux moyens de locomotion pour se rendre aux villages à l'entour, il s'agissait bien sûr de chevaux et mules avec diverses sortes de charrettes encore bien connues il y a à peine 30 ans. Pour les voyages plus longs, assez rares, la diligence était le seul moyen. Elle transportait aussi le courrier et le mas de la Poste est un jalon de ce passage sur notre commune, alors que l'auberge relais du mas de Salaison dans l'ancienne maladrerie, servait aux voyageurs allant vers ou venant de Nîmes par la grand route. Le pont du Salaison fut d'ailleurs refait en 1820 pour faciliter le passage de ce cours d'eau.

Le train ne devait apparaître qu'en 1856 entraînant nombre d'expropriations et de démembrements de terres comme devaient le faire plus tard le canal du bas Rhône et l'autoroute. Il paraît qu'à l'arrivée de la première locomotive sur notre ligne, le futur maire Prat, qui l'avait guettée du haut du pont au-dessus du Salaison, voyant arriver ce monstre crachant feu, flammes et fumées, tomba à la renverse dans la rivière tant fut grande sa surprise ...

Saint-Aunès était restée englobée par Mauguio à la Révolution, ayant alors perdu ses deux consuls qui la représentaient autrefois auprès du pouvoir seigneurial. Il fallut attendre les efforts et la persévérance de Monsieur Prat, Courtier en vins, originaire d'Assas mais allié aux MILHE, pour voir Saint-Aunès être promu au rang de commune en 1872.

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